Perdu dans un mirage

    Un vaste manteau de nuages masquait la géante gazeuse sans nom qui, à cette époque de l’année, emplissait la majeure partie du ciel de E1-125. Un portail de taille modeste vint troubler cette monotonie cotonneuse et plusieurs vaisseaux de l’Empire en jaillirent dans un vrombissement sourd.

Je frissonnais. Ce n’était pas à cause de la température glaciale qui régnait à l’extérieur. J’avais juste toujours détesté les voyages intersphères. Contrairement à mes deux compères, je n’étais pas un mage et j’avais toujours eu peur de me retrouver bloquée entre deux mondes. Imaginez que l’un des portails vienne à rompre la liaison ! Encore une fois, nous avions franchi le passage sans encombre, à mon grand soulagement.

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Passé, présent, futur

    Alors qu’il se lamentait sur sa dernière expérience qui avait une nouvelle fois donnée des résultats absurdes, Louis reçut un appel de sa cousine. Il activa le vidphone et une femme aux cheveux frisés apparut.

— Emma ? J’espère que c’est important, je suis très occupé.

C’était totalement faux, mais il n’était pas d’humeur à socialiser.

— Dans ce cas, je vais proposer cette découverte à un chercheur plus amical, répliqua-t-elle froidement.

— De quoi tu parles ?

Elle sourit avec malice.

— Je t’ai parlé de ce nouveau chantier qui démarrait il y a quelques semaines, non ?

— Une énième route ou un truc fascinant dans le genre.

— Rabat-joie. Bref. Nous faisions les derniers repérages avant que les engins n’arrivent et mes géomètres ont détecté une énorme masse métallique sur le tracé.

— Tu sais, les cailloux, c’est pas mon truc. Y’a plein de géologues que je peux te conseiller, si ça peut me permettre d’être tranquille.

— Si tu me laissais finir ? Je vais finir par croire que tu es devenu un vieux grincheux. Donc… j’en étais où ? Ah oui. On a déjà fait venir un géologue, puis un archéologue, puis un second.

Louis tâchait du mieux qu’il pouvait de cacher son intérêt naissant.

— C’est un objet artificiel n’appartenant à aucune culture connue, ancienne comme récente, continua-t-elle. Et les premières analyses du matériau principal n’ont pas permis d’en déterminer la composition.

Il était sceptique, il savait que les experts de sa cousine étaient des amateurs.

— Tu veux donc que je vienne humilier, une nouvelle fois, ton équipe ? Je te préviens, si je me déplace encore pour trouver un vieux coffre rouillé, tu me devras un resto.

Elle redressa la tête avec assurance.

— Vendu.

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Encore une attaque

    Encore une attaque. La troisième en une semaine. La ville est en état d’alerte, les marins ne veulent plus sortir en mer et pourtant ils n’ont pas vraiment le choix. Vous savez, les chats et le poisson…

    Mira était une Nimravi, un peuple d’êtres félins vivant dans les archipels d’Orianesse. Si la plupart des miliciens préféraient s’équiper d’un pistolet, n’exigeant aucune condition physique particulière ni la moindre sensibilité magique, Mira quant à elle ne jurait que par son épée. C’est en tenue complète qu’elle quitta les dortoirs sous les derniers rayons de soleil et s’engouffra dans les ruelles de la petite ville portuaire. L’agitation de la journée s’était calmée et les lampadaires s’allumèrent dans un petit grésillement singulier. Elle se dirigeait vers l’entrée nord, bien qu’aucune porte n’en marquait l’emplacement, c’est ainsi qu’on l’appelait. À une centaine de mètres, une petite tour se dressait en dominant la forêt qui s’étendait par-delà. Mira grimpa à l’échelle et s’installa sur sa chaise. Ainsi commença la première garde.

Comme d’habitude son équipier était en retard, ce qui lui laissa le temps de penser. Les évènements de la journée tourbillonnaient dans sa tête. Une nouvelle attaque de delfins, deux hommes noyés et plusieurs autres blessés. Et dire qu’un mois auparavant, les enfants jouaient avec ces paisibles créatures quand elles s’approchaient du rivage. Que s’était-il passé ? Le grincement de l’échelle la sortit de ses pensées.

— Usco ? Enfin, te voilà. Encore en retard. Heureusement que les delfins ne savent pas marcher. Qu’aurais-je fais sans toi ?

— Ne te moque pas de moi. Je ne suis peut-être pas doué à l’épée, mais je manie mieux le pistolet que toi. De mon lit, je pourrais venir à ta rescousse !

— Pouah, la magie ! Je te laisse ça volontiers.

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Cape, zombie et pistolet laser

    S’il est un nombre que mon peuple redoute, c’est bien le nombre trois. Nulle part dans la nature, les choses ne vont par trois. Une bouche, deux yeux, quatre pattes, cinq doigts. Il est contre nature. Quand mes pouvoirs furent décelés, la joie de mes parents fut teintée d’angoisse. J’étais une élue, touchée par la grâce du dieu de l’eau, le puissant Norian. Mais j’étais la troisième.

    Sardar fut le premier. Puissant géomancien, seule sa droiture rivalise avec son sens du devoir. Il était promis à un brillant avenir, celui de chef spirituel de tous les mondes. Mais l’année suivante, Arun fut révélé. L’éolien bouleversait les plans des oracles, il démontra rapidement que c’était là l’une de ses principales occupations.

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L'Oiseau de Mort - Extrait du Chapitre premier

    Le bruit de la ville était assourdissant et l’air saturé d’odeurs d’épices. Les commerçants haranguaient voyageurs et passants derrière leurs étals de tissus ou de bijoux, braillant plus fort que le voisin. Les porteurs courbaient sous la charge de lourds paniers posés sur leur tête et autour d’eux, le flot capricieux de la foule s’écoulait dans un désordre maîtrisé.

Je ne me sentais pas à ma place. Odeurs, couleurs, mouvements, mes sens étaient à vif. Je pressais le pas. La fraîcheur de l’aube rendait l’atmosphère de la ville plus supportable, mais j’avais hâte d’en finir avec cette ville.

    Les moines, serviteurs des Quatre, étaient respectés. Quant aux mages, enchanteurs et technomanciens, ils étaient admirés autant que craints. J’avais la chance d’être les deux, un enchanteur au service de la Dame, au service d’Étuviel. Je circulais lentement dans les ruelles étroites d’Adiba, mais je me frayais un chemin en conquérant, au milieu des passants qui s’écartaient avec déférence.

    Après plusieurs détours, j’arrivais face à un établissement d’où émanait une douce musique. Une enseigne aux détails soignés annonçait le Poisson d’Or, j’en poussais la porte et respirait un agréable parfum de menthe et de cannelle. Une danseuse élégante frappait sur un petit tambour, elle était accompagnée d’un joueur de flûte tout aussi joliment vêtu. Les canapés aux motifs élaborés de poissons formaient de petites alcôves, dont certaines étaient cloisonnées d’épais rideaux. Les clients étaient peu nombreux à cette heure du jour, mais j’espérais une meilleure affluence plus tard dans la journée.

Je m’installais sur un fauteuil libre. Ma tenue bariolée ne manqua pas d’attirer les regards curieux, et, à la vue de ma médaille, on m’offrit un thé et quelques gâteaux au miel. Ces offrandes étaient courantes, tout croyant avait pour devoir d’être agréable au pèlerin pour rester dans les bonnes grâces des Dieux.

Je jetais un regard circulaire sur les autres occupants tout en buvant mon thé. L’endroit devait avoir une certaine renommée, car il était fréquenté presque exclusivement par des fonctionnaires et des gradés. Je n’attendis pas longtemps avant de percevoir quelques conversations intéressantes.

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L'histoire appartient aux vainqueurs

    Une jeune domestique entra doucement, les yeux vissés sur le sol. Le maître déposa son livre près de lui et retira une paire de lunettes rondes. Le regard paternel du maitre Murati était accentué par sa longue barbe blanche qu’elle avait elle-même brossé ce matin-là.

— Qu’y a-t-il, mon petit ? Mon neveu est-il arrivé ?

La jeune femme acquiesça en silence d’un hochement de tête, faisant tomber une longue natte noire de ses épaules. Il souris, leva les bras et claqua dans ses mains. En quelques instants la maison se mit en branle.

    Le jeune homme qui s’était présenté à l’entrée de la maison contrastait en tout point avec son oncle, à l’exception du turban aux couleurs de leur famille. Le neveu portait une courte barbe brune et une fine moustache sophistiqué. Son cou et ses bras étaient encombrés de nombreux bijoux précieux. Le maître de maison l’accueillit chaleureusement dans une tunique simple aux motifs délicats et pour seule parure la dague sertie de pierres représentant son ancien rôle dans l’armée qui pendait à sa ceinture.

— Yashesh, mon neveu. J’espère qu’Étuviel a veillé sur ton voyage. Mon toit est ton toit.

— Je le respecterais comme celui de ma propre maison, répondit-il en s’inclinant comme le voulais la coutume. Je vous remercie mon oncle. Le voyage s’est bien passé, je suis désolé de vous avoir prévenu si tard de ma venue.

Murati posa une main chaleureuse sur l’épaule de son neveu Yashesh.

— N’en parlons plus. Viens donc. Allons nous rafraîchir dans les jardins, tu me donneras des nouvelles de la capitale et de la famille.

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L'attrait du vide

    L’air vibrait à ses oreilles et la lumière lui brûlait les yeux. Le ciel se déchira. Le bras de l’enchanteur Oshan tremblait sous l’effort. Il brandissait une pierre rouge reliée par un fin filament de magie à la fissure qui s’agitait de plus en plus.

— J’y suis presque, il ne me reste qu’à le stabiliser. Apporte-moi ce qu’il faut.

Son compagnon, le maître mage Rishivi, s’inclina rapidement avant de se hâter vers l’astronef. Au pied de la rampe, plusieurs caisses de matériel attendaient. Rishivi ouvrit l’une d’elles et en sortit un long cylindre orné de motifs complexes. Il prononça une formule en langue ancienne, une lueur bleue s’empara de l’objet.

— Que fais-tu, donc ? Je ne vais plus tenir longtemps !

— Le voilà.

Rishivi plaça le cylindre au centre d’un cercle magique tracé devant Oshan. Ce dernier déposa sa pierre au-dessus. La face supérieure de la boite parut soudainement liquide et le joyau glissa à l’intérieur jusqu’à s’y fondre.

— Par le grand Voyageur, enfin.

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